Mercredi 1h30, le chalutier, avitaillé en vivres, en carburant et en glace quitte le port avec, à son bord, six hommes d’équipage : le patron, le second, le mécanicien (également cuisinier) et trois matelots. Pour cette marée, deux marins restent à terre. C’est leur tour de congé.
A la sortie du port, il signale son départ par l’envoi d’un fax au CROSS (Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sécurité). Le navire fait maintenant « route pêche » pendant une dizaine d’heures. Sur le chemin, le contact radio (VHF) avec les navires regagnant le port et ceux « prenant la mer » s’établit. Les hommes de passerelles s’échangent les informations relatives à la météo, à l’abondance du poisson et aux cours du marché.
13 h : à l’arrivée sur zone, le chalut est « filé » et le premier trait débute. Il dure environ 2 h. Le navire, guidé alors par le pilote automatique, suit une route préenregistrée sur l’ordinateur de bord. Un homme de quart assure la veille à l’aide des instruments indispensables à la surveillance : radars, sondeurs, GPS et… jumelles ! Pendant ce temps, le reste de l’équipage profite d’un petit moment de détente pour se restaurer dans le « carré ».
15 h : le chalut est « viré ». La man½uvre, à la fois délicate et dangereuse, nécessite une grande coordination entre les matelots sur le pont et le patron aux commandes dans la passerelle. Les panneaux de plus d’une tonne chacun, qui maintiennent l’ouverture du chalut, sont remontés à l’arrière du navire, décrochés du chalut et fixés au portique du bateau. Le filet, ainsi délesté, est ensuite enroulé à bord. Un matelot dénoue le « raban », fermeture du chalut, et les prises s'affalent sur le pont. Après un rapide coup d’½il sur le chalut, afin de détecter d’éventuelles avaries, celui-ci est aussitôt « refilé ». L’équipage se concentre alors sur le tri et la préparation des poissons : mise en panier des différentes espèces, éviscération éventuelle, lavage abondant puis descente en cale avant stockage dans la glace. Toutes ces opérations sont rapidement menées afin de maintenir la fraîcheur des poissons et, ainsi, espérer un bon prix. Une fois le pont nettoyé et les divers instruments rangés, les matelots s’accordent un peu de temps (1 h environ) avant une nouvelle remontée du chalut. A des fins de contrôle et selon les directives européennes, le patron aura, quant à lui, noté la composition et le poids des captures de chaque trait pour en reporter la somme en fin de journée sur son « livre de bord ». Une copie de ce livre de bord sera remise aux autorités compétentes lors du retour à terre.
Pendant la pêche, le patron, fort de son expérience et de l’aide des instruments de bord (sondeurs, ordinateurs, cartes électroniques…) ainsi que des informations échangées avec les collègues sur zone, change régulièrement de secteur de pêche. Ceci afin d’anticiper la présence d’une ressource capricieuse et les contraintes du milieu : météo, courants de marée, état de la mer, variation du jour et de la nuit…
Ainsi va la vie du marin, rythmée entre travail de jour comme de nuit et courts moments de repos, isolé dans sa couchette ou en commun dans le carré. Si le navire n’est pas trop loin de la côte, un coup d’½il sur la télévision ou un rapide appel depuis un téléphone mobile permet de garder contact avec les proches à terre.